D'où vient la spiruline ?

Dans un environnement irrespirable et minéral, il y a de cela plus de 3.5 milliards d'années, un petit organisme en forme de spirale et capable de synthétiser l'énergie solaire, voit le jour dans les océans : c'est la spiruline ou encore arthrospira platenis (pour utiliser un nom plus scientifique).


Ce micro-organisme, d'une longueur de quelques dixièmes de millimètres à peine (environ 0.3mm) fait partie des cyanobactéries ou « algues bleues ».


Ces bactéries sont difficiles à classifier : elles sont procaryotes (absence de noyau à l'intérieur de la cellule), mais elles ont également des caractéristiques spécifiques du monde végétal, comme le fait d'être capable de réaliser la photosynthèse.
 
Cette « double appartenance » qui caractéristique les cyanobactéries et à laquelle la spiruline n'échappe pas, est sans doute l'une des raisons de la richesse de notre petite « algue ».
 



Oxygène !

Des algues bleues, dont la spiruline, contribuent à l'enrichissement de l'atmosphère en oxygène : les cyanobactéries sont aujourd'hui bien connues pour avoir été parmi les premiers êtres vivants apparus sur notre bonne vieille planète.


Ces organismes sont également réputés pour avoir participé à l'enrichissement de l'atmosphère en oxygène (O 2) puis à la formation d'ozone (O 3), protégeant ainsi la Terre des rayonnements ionisants.

Ainsi, sur plusieurs centaines de millions d'années les océans puis l'atmosphère se sont chargés, grâce notamment aux algues bleues, d'oxygène pour atteindre des concentrations propices à l'apparition de nouvelles formes de vies (dont les animaux et l'espèce humaine).
 

Quelques milliards d'années plus tard, ce formidable organisme qu'est la spiruline est toujours présent à la surface de la terre. Cette petite « algue » a su subsister, traversant les âges, affrontant vaillamment périodes de glaciations et réchauffements climatiques.


D'après les connaissances actuelles, elle n'a que très peu évolué durant toutes ces années. A la fois très fragile, mais capable de traverser les temps sans modification majeure, elle doit sa survie à une formidable capacité de multiplication. A la manière des bactéries, la spiruline se multiplie à un rythme effréné par division cellulaire dés que les conditions lui sont propices. Là réside le secret du spirulinier : apporter à sa spiruline un maximum d'attention et d'amour pour qu'elle se sente à son aise et qu'elle se multiplie.
 

Lacs salés, chaleur et lumière

A l'état naturel, la spiruline vit dans des conditions très particulières rappelant les conditions dans lesquelles évoluaient les cyanobactéries au moment de leur apparition.


On la retrouve dans des lacs de cratères de volcans, des lacs sahéliens…


Elle vit dans des eaux salées, très alcalines riches en carbonates et bicarbonates, et très fortement minéralisées, dans la zone de la ceinture intertropicale.
 
 

Nous nous efforçons de recréer, au « Chant de l'eau », les mêmes conditions sans lesquelles la spiruline ne pourrait vivre.


Originaire de pays chaud, la spiruline atteint son pic de production entre 35 et 37°C (température de l'eau), c'est pourquoi nos cultures sont réalisées sous serres.


Pour se multiplier et faire la photosynthèse, la spiruline a également besoin de lumière.


Il est important de maintenir une agitation constante, de manière à ce que tous les brins de spiruline puissent recevoir les rayons  du soleil. Nos bassins sont ainsi constamment agités par des roues à aube, semblables à celles d'un moulin à eau.


Toutes ces conditions sont indispensables pour garder la spiruline bien vivante !

Histoires de spiruline : les flamants roses

Dans son milieu naturel, la spiruline est souvent associée au flamant rose. Celui-ci est à la fois un fertilisateur et un transporteur.


Il fertilise par ses excréments les bassins naturels de spiruline en y apportant l’azote nécessaire au bon équilibre du complexe argilo-humique, lui-même « distributeur » naturel d’azote auprès de la spiruline.


Sans le savoir, il transporte la spiruline emprisonnée dans son plumage ou son bec, sur des distances pouvant atteindre plusieurs milliers de kilomètres lors des migrations. Ainsi il dissémine des filaments de spiruline, qui, si les conditions le permettent, coloniseront des milieux parfois improbables (lacs salés au beau milieu du désert).


A ce propos, notons la présence de spiruline dans la région du Kanem, au nord est du Tchad, pays pourtant très sec au centre du continent africain. Là, la spiruline pousse naturellement dans de petites mares fréquentées par les flamants roses.
  

Histoires de spiruline : les Kanembous

Le Kanem est une zone désertique parsemée d'épineux. Il est situé au nord du Lac Tchad. Des oasis appelés ouadis qui s'y trouvent ont la particularité d'avoir en leur centre une nappe d'eau natronnée dans laquelle se développe la spiruline.


Depuis la nuit des temps, la population locale appelée Kanembou récolte la spiruline présente dans des bassins naturels, puis la fait sécher au soleil, formant ainsi de petites galettes connues sous le nom de « dihé ». Ces galettes sont utilisées dans diverses préparations culinaires.

 

Celle-ci filtre l'eau et laisse des dépôts d'algues qui forment par la suite une sorte de galette qui offre une face pleine de sable.


Les galettes sont ensuite brisées et débarrassées d'une partie du sable. Elles sont alors consommées, vendues sur le marché ou exportées vers les pays voisins (Nigeria, Niger...).


Les Kanembous sont réputés pour vivre plus longtemps et mieux (en meilleure santé) que les populations plus éloignées qui n’ont pas accès à la spiruline.
 

Histoires de spiruline : les Aztèques

Dans son histoire, il semblerait que la spiruline ait été également consommée sur le continent Sud Américain par les Aztèques. Elle aurait été utilisée comme véritable « dopant naturel » par des coureurs de fond qui se relayaient pour approvisionner en poisson frais, le palais du très capricieux empereur Moctezuma, pourtant situé à plusieurs centaines de kilomètres de la mer. Pour tenir la distance, les coureurs consommaient de la spiruline, alors appelée « tecuitlatl » et récoltée dans le lac Texcoco. A l'époque de la conquête espagnole, Cortés décrit cette histoire dans ses mémoires.


C'est d'ailleurs dans ce lac que, quelques siècles plus tard la spiruline a été exploitée de manière industrielle pour la première fois (dans les années 60) et commercialisée. Elle fut d'abord considérée comme gênante et envahissante, car elle encrassait les machines d'extraction de l'unité de production de bicarbonate de soude (Sosa Texcoco), alors présente sur les lieux. Rapidement les dirigeants de cette société prirent conscience de la valeur de cet «intrus » et reconvertirent leur société pour l'exploitation de cet « or vert ».

C'est au même moment que les premières observations scientifiques sérieuses sont faites sur les populations Kanembou du Tchad. Les années 60 marquent donc le début de l'histoire contemporaine de la spiruline, sa « redécouverte » et l'intérêt croissant pour ce microorganisme. D'une richesse nutritionnelle hors du commun, la spiruline s'installe progressivement et durablement dans le régime alimentaire d'une population mondiale souvent malnutrie et carencée.
 

Aujourd'hui... et demain ?

Des pays comme la Chine et l’Inde ont bien compris l’intérêt de ce superaliment pour répondre aux besoins de leurs populations grandissantes. Ils en sont d’ailleurs devenus les plus grands producteurs mondiaux.


Citons enfin les travaux de la NASA et de l’Agence Spatiale Européenne pour qui la spiruline présente un intérêt certain pour l’alimentation des cosmonautes lors de voyages longues distances dans l’espace ou de séjours prolongés dans de futures stations spatiales.


Venue du fond des âges, la spiruline a accompagné certains de nos lointains ancêtres pendant des siècles, des millénaires peut-être, leur apportant le meilleur de ce qu’un aliment puisse donner, les protégeant ainsi des maladies en renforçant leurs systèmes immunitaires. (Voir le chapitre Spiru et santé)


Aujourd’hui, il y a fort à parier qu’elle soit encore là pour nous, et pour de nombreuses années, si nous savons la respecter et la protéger dans sa forme la plus pure, telle que la nature nous en a fait cadeau…